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Il faut éclairer quelques lanternes qui associent trop souvent la réforme de l’éducation du Québec à son mode d’évaluation.
D’une part, les principes de base de la réforme ne peuvent être contestés, car ils reposent sur des contenus disciplinaires et des approches pédagogiques qui n’ont rien de révolutionnaire.
Le contenu = quoi enseigner. L’approche = comment l’enseigner. Les profs qui ont lu la réforme et l’ont comprise n’ont certes pas à s’y opposer. Je ne tenterais pas ici de reprendre les points essentiels de la réforme sous ces deux aspects. Je soulignerais toutefois les deux éléments complémentaires qui dominent le programme de formation : 1) - une pédagogie active fondée sur l’intégration des matières : reflet des activités humaines qui se développent et interagissent entre elles, l’enseignement par l’intégration des matières repose sur le fait que les disciplines ne doivent pas être livrées comme des bulles de savoir autonome et indépendantes les unes des autres. Ainsi se définissent les liens entre elles et se crée dans l’esprit de l’élève un réseau de connaissances.
2) - une approche pédagogique par projets : par sa dynamique créative, cette approche permet d’élargir les domaines de connaissances des élèves. Ceux-ci apprennent à explorer un sujet sous les angles de la science, comme de l’histoire ou des mathématiques. C’est peut-être cette dernière approche que combattent les enseignants frileux, car elle demande de leur part, non seulement une vision multidisciplinaire des sujets de recherche proposés, mais aussi de renoncer à un enseignement magistral.
D’autre part, l’évaluation n’est qu’un mode de vérification des acquis de l’apprenant. Que l’élève soit évalué par une note sur 100, par une lettre, par un soleil ou un nuage, cela ne fait que donner un point de repère à l’élève et aux parents. Les connaissances dans certaines disciplines, comme l’histoire, la compréhension de texte ou les sciences, sont difficiles à quantifier si les réponses attendues demandent réflexion, raisonnement et méthode. Associer des noms de capitales à leur pays, des dates à des évènements précis ou décrire la composition de l’air, peuvent encore faire l’objet d’un examen de contrôle. Mais, il est clair que les évaluations de ces disciplines ne sauraient se contenter de telles mesures. Pour que le parent, dont le rejeton connait sa propre valeur par rapport à ses copains de classe, place son enfant sur une échelle graduée, il lui faut consulter ses travaux notés, ses devoirs, réviser avec lui ses leçons.
Comment consulter les travaux notés ? Par le portfolio dans lequel l’élève classe ses travaux. Bien sûr, le portfolio n’a d’intérêt que si l’enseignant y voit un palliatif au bulletin et y accorde le temps nécessaire pour commenter les travaux. Le portfolio devient le carnet de route, le bulletin permanent de l’élève. Lui-même y reconnait ses progrès, ses lacunes, ses bons coups, ses faiblesses. Un équilibre entre ce qu’il sait et maitrise et ce qu’il doit réviser.
Or, le bulletin apparait comme un relevé de compteur électrique. À date fixe, l’enseignant calcule, fait des pourcentages, place l’élève comme un pion sur une échelle de valeurs. Et les commentaires, aussi imprécis que brefs parce que choisis dans une liste de commentaires insipides, ne peuvent aider les parents à comprendre les progrès ou les défaillances de leur enfant. D’où leur désarroi et le rejet en bloc de cette forme d’évaluation qu’ils croient à tort être le pilier de la réforme.
Certains enseignants s’accommodent très bien de ces évaluations informatisées. D’autres, reconnaissant leur manque de rigueur, choisissent le portfolio et l’information directe aux parents par le biais de commentaires sur des travaux à faire signer.
Pour qu’une évaluation soit juste, elle doit être continue et refléter les progrès dans les apprentissages des contenus disciplinaires et des compétences transversales.

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